Alphonse Brosse et Jean Boursaud - Emile Guiraud et Henri-Joseph Jolbert - Jean Grataloux - Lucien Bersot et le témoin G. Degoix -

 

Alphonse Brosse et Jean Boursaud

Alphonse Brosse

Soldat du 238 e RI,

Sergent, classe 1900, n° 2316, né le 13/12/1880 à La Palisse (03), condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi (autrement dit "désertion" dans la nuit du 4 au 5 octobre 1914), par jugement du Conseil de guerre de la 63e  DI, fusillé le  10 octobre 1914 à Ambleny, au lieu-dit Beron, à 17h00, inhumé au cimetière militaire d'Ambleny, tombe 12, carré C, déclaré non mort pour la France.

Jean Boursaud

Soldat du 238 e RI,

soldat 2è classe, classe 1899, n°1146, né le 14/08/1879 à Doyet (03), condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi (autrement dit "désertion" dans la nuit du 4 au 5 octobre 1914), par jugement du Conseil de guerre de la 63e  DI, fusillé le  10 octobre 1914 à Ambleny, au lieu-dit Beron, à 17h00, inhumé au cimetière militaire d'Ambleny, tombe 11, carré C, déclaré non mort pour la France.

Plus bas, vous pourrez lire les éclairages apportés par Denis Rolland.

Laissons maintenant Denis Rolland nous en dire plus sur ces fusillés d'Ambleny

Dans le chemin de Béron, une plaque de marbre rappel l'exécution en ce lieu de deux soldats.

Le Sergent Alphonse Brosse et le soldat Jean Boursaud appartenaient au 238e RI qui occupait, au début du mois d'octobre, des tranchées dans le secteur de Fontenoy. Une zone de combats terribles, notamment le 20 septembre qui fut un véritable carnage.

Le sergent Brosse était âgé de 34 ans. Né à La Palisse (Allier), il était ouvrier caoutchoutier à Clermont-Ferrand. Il était marié sans enfant. Son camarade Boursaud était âgé de 35 ans, né à Doyet-la-Presle (Allier). Il était maçon à Paris, marié avec trois enfants.

Le sergent était alors en poste dans une tranchée, son camarade, moins exposé que lui, faisait la cuisine des sous-officiers dans une carrière proche.

Dans la matinée du 4 octobre, le sergent Brosse quitte son poste pour dire à Boursaud qu'il a l'intention de déserter. Il lui suggère de l'accompagner car, dit-il, cela va très mal dans les tranchées de Fontenoy. Dans la soirée, il revient voir Boursaud et tous deux décident de passer à l'acte.

Après s'être habillés en civil à l'aide d'effets trouvés dans une maison abandonnée de Roches, ils cachent leurs armes et leurs uniformes dans un bois entre Roches et Vic-sur-Aisne où ils passent la nuit et la journée du 5. La nuit suivante, ils réussissent à franchir le pont de Vic. Ils sont bien arrêtés par le poste de garde mais Brosse a réussi à connaître le mot de passe par un camarade.

Naïvement les deux fugitifs croyaient pouvoir atteindre Pierrefonds sans encombre et de là prendre le train pour Paris. Mais à Chelles il y a poste de gendarmerie qui contrôle les allées et venues des civils. Sans laisser-passer, il est impossible de circuler. Ils sont arrêtés et les gendarmes n'ont pas de mal à découvrir qu'ils sont militaires. Ramenés à Ambleny au siège de la division, ils sont immédiatement déférés devant un conseil de guerre de la 63e division.

Pour sa défense, Boursaud a dit aux enquêteurs qu'il s'était laissé entraîner par Brosse. Celui-ci a avoué être à l'origine de la désertion mais pour sa défense il a dit aux gendarmes : « Je ne mangeais plus, il me semblait que j'allais devenir fou. »

Le 10 octobre les deux militaires sont jugés par le conseil de guerre de la division. À l'unanimité  des cinq juges ils sont reconnus coupable d'abandon de poste en présence de l'ennemi, condamnés à mort et exécutés le jour même.

Des témoins ont raconté la suite de cette pénible affaire. Onezime Henin d'abord :

« À cinq heures du soir je vais par la rue Mahieu pour avoir des nouvelles de ma sœur Césarine qui est à Villers, je suis tout émotionné de voir ce qui s'y passe. C'est d'abord Monsieur le Curé qui me dit allez-vous-en, ne venez pas par ici, car on va fusiller deux déserteurs. En effet aux Marronniers, quatre compagnies d'infanterie sont sur les rangs, les gendarmes vont conduire les deux malheureux dans Béron où aura lieu l'exécution, les fosses sont faites d'avance, ils y seront enterrés. Je n'y suis pas allé, c'est trop triste. »

Un autre témoin, Mme Cartier, rencontra les condamnés et le peloton d'exécution :

« L'un des soldats ne cessait de pleurer et tenait à la main un grand mouchoir à carreaux. L’exécution eut lieu dans la sente de Béron, à la sortie du village, où les deux malheureux furent attachés à des noyers. »

Leurs corps se trouvent aujourd’hui dans le cimetière militaire d'Ambleny. Les croix portent, par erreur, la mention « Mort pour la France », une réhabilitation fictive en quelque sorte.

Denis Rolland

 

Emile Guiraud et Henri-Joseph Jolbert

Émile Guiraud

soldat du 42e RI, condamné le 15 novembre 1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi, fusillé le 16 novembre 1914 à Vingré, inhumé au cimetière militaire d'Ambleny

Henri-Joseph JOLBERT

tambour du 42e RIcondamné le 15 novembre 1914 pour abandon de poste en présence de l'ennemi, fusillé le 16 novembre 1914 à Vingré, inhumé au cimetière militaire d'Ambleny

Guiraud Émile et Jolbert Henri appartenaient au 42e RI. On est mal informé sur leur cas car les archives de la justice de la 14e division ont été détruites. Un rapport du 1er bureau de la 6e armée indique que ces deux soldats, disparus de leur régiment au commencement d’octobre, avaient été arrêtés une première fois à Vic-sur-Aisne le 12 du même mois. Réintégrés dans leur unité, ils avaient été arrêtés une deuxième fois, le 8 novembre à Vic-sur-Aisne, dans le cantonnement du 35e RI où ils se cachaient, après avoir pris soin d’enlever leurs écussons. Tous deux sont condamnés à mort par le conseil de guerre spécial du 42e RI et fusillés à Vingré le 16 novembre.

Ils sont enterrés sur place, au même endroit que les 6 fusillés du 4 décembre 1914 appartenant au 298e RI.

Emile Guiraud est inhumé à la nécropole d'Ambleny (tombe n° 544, carré C)

Henri Jolbert est inhumé à la nécropole d'Ambleny (tombe n° 475, carré D)

Jean Grataloux

Jean Grataloux

soldat du 238e RI, fusillé le 12 décembre 1914 à Nouvron-Vingré, condamné pour mutilation volontaire par le conseil de guerre de la 63e division

Le 25 septembre 1914, Jean Grataloux soldat du 238e RI se présente à l'infirmerie de son régiment avec la deuxième phalange de l'index gauche coupée. Il dit avoir été blessé par une balle perdue allemande alors qu'il venait de quitter sa tranchée. Il s'est pansé lui-même et il n'y a pas eu de témoin. Le médecin-major Nordmann et le médecin auxiliaire Croupier ont le sentiment qu'il s'agit d'une mutilation volontaire. Néanmoins, après l'avoir soigné ils lui disent de retourner dans sa tranchée. Il n'est cependant pas signalé comme s'étant mutilé volontairement.

Au lieu de cela, Grataloux se présente à l'ambulance n°1 à Fontenoy et réussit à se faire évacuer. Il est alors porté absent et rapidement on se doute qu'il a pu se faire évacuer sur un hôpital de l'arrière. Les recherches entreprises permettent de le retrouver à l'hôpital du Havre. Il est arrêté et ramené dans son unité.

Le 12 décembre le conseil de guerre de la 63e division, siégeant à Saint-Bandry le condamne à la peine de mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" à une courte majorité. Il est emmené par les gendarmes pour se rendre à Vingré, mais, alors qu'ils l'escortent, Grataloux se porte deux coups de couteau dans la poitrine avec un couteau de poche qu'il avait dissimulé dans ses bandes molletières. Les blessures étant superficielles et sans gravité, Grataloux est fusillé le 12 décembre 1914 à Vingré en fin d'après-midi.

Il est enterré sur place, au même endroit que les 6 fusillés du 4 décembre 1914 appartenant au 298e RI

Jean Grataloux est inhumé à la nécropole d'Ambleny (449, carré D)
 

7ème Corps d’Armée

63ème  Division d’Infanterie

Justice Militaire

Procès-verbal d’exécution à mort.

L’an mil neuf cent quatorze et le douze décembre à dix-sept heures trente minutes

Nous adjudant Favier, greffier près le Conseil de guerre de la 63ème Division d’Infanterie, en date du douze décembre mil neuf cent quatorze.

Nous sommes transportés à la sortie ouest de Vingré pour assister à l’exécution de la peine de mort prononcée le douze décembre mil neuf cent quatorze, en réparation du crime d’abandon de poste en présence de l’ennemi contre le nommé Grataloux Jean âgé de 34 ans, soldat de 2ème classe à la 20ème compagnie du 238ème Régiment d’Infanterie, né le 9 décembre 1880 à Saint-Just-sur-Loire, canton de Saint-Rambert, département de la Loire, fils de feu Benoît et de Moulin Elisabeth, profession de tourneur sur métaux à Saint-Etienne (Loire).

Le condamné a été amené sur le lieu d’exécution par un détachement. En arrivant sur le terrain, le condamné s’est porté brusquement un coup à la gorge avec un couteau qu’il a paraît-il, sorti de ses molletières. Le médecin major Antoine du 238ème Régiment d’Infanterie, désigné pour assister à l’exécution a constaté que la blessure n’entrainerait aucune incapacité fonctionnelle et ne faisait pas obstacle à ce que la justice suive son cours.

Nous, greffier soussigné, avons alors donné lecture au condamné en présence de monsieur le Commandant Roux du 238ème Régiment d’Infanterie, juge au dit conseil et désigné en cette qualité par Monsieur le président à assister à l’exécution – et devant les troupes assemblées en armes en jugement précité.

Aussitôt après cette lecture, un piquet d’Infanterie composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné qui est tombé mort, ainsi que l’a constaté Monsieur le médecin major Antoine, commis à cet effet.

Aussitôt après cette lecture, un piquet d’Infanterie composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné qui est tombé mort, ainsi que l’a constaté Monsieur le médecin major Antoine, commis à cet effet.

En foi de quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal prescrit par les articles 151 du code de justice militaire et 127 du décret du 4 octobre 1891 portant règlement sur le service des places.

Fait à Vingré (Aisne) les jour, mois et an que dessus

                                                                              Favier

Le présent procès-verbal a été transcrit au pied de la minute du jugement conformément aux prescriptions de l’article 378 du code d’instruction criminelle. Le greffier

                                                                              Favier

                                 ___

          ___                                                                ________                                                          N° 45 d’ordre

(Art. 140                                                                                                                                                    ___

Du Code de justice militaire)                                                                                                                 Date du crime ou du délit

          ___                                                                                                                                      15 septembre 1914

MINUTE DE JUGEMENT                                         JUGEMENT   

 

Rendu par le CONSEIL DE GUERRE de la 69ème Division d’Infanterie

Séant à Saint Bandry (Aisne)

 

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

 

Le Conseil de guerre de la 63ème division d’infanterie

A rendu le jugement dont la teneur suit :

Aujourd’hui douze décembre an mil neuf cent quatorze

Composé, conformément aux articles 3 et 10 du code de justice militaire de MM.

Andlauer – colonel commandant la 126ème brigade d’infanterie – Président

Roux – commandant au 216ème régiment d’infanterie                   )

Ballay – capitaine au 321ème régiment d’infanterie                         )  Juges

Gignoux – sous-lieutenant au 238ème régiment d’infanterie          )

Boucharie – adjudant au 321ème régiment d’infanterie                   )

 

Tous nommés par le (1) général Jullien commandant la 63ème division d’infanterie

M. le lieutenant Acalme,  Commissaire du Gouvernement   

M. l’adjudant Favier, Greffier près ledit Conseil ;

                Lesquels ne se trouvent dans aucun des cas d’incompatibilité prévus par les articles 22, 23 et 24 du Code précité ;

                Le Conseil, convoqué par l’ordre du commandant, conformément à l’article 111 du Code de justice militaire, s’est réuni dans le lieu ordinaire de ses séances, en audience publique (2)

                À l’effet de juger le nommé Grataloux Jean, soldat de 2ème classe, à la 20ème compagnie du 238ème Régiment d’Infanterie, fils de feu Benoît et de Moulin Élisabeth, né le 9 décembre 1880, à Saint-Just-sur-Loire, arrondissement de Montbrison, département de la Loire

Résidant, avant son entrée au service, à Saint-Etienne (Loire) rue Tournefont

Taille d’un mètre 650 millimètres, cheveux et sourcils châtains, front ordinaire

Yeux gris clair, nez moyen, bouche moyenne, menton à fossettes

Visage ovale, teint

(3) inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.

 
Condamnations antérieures inconnues

N° DU JUGEMENT                                                                                                                         (FORMULE N° 16)

            45                                                      REPUBLIQUE FRANCAISE                La séance ayant été ouverte, le Président a fait apporter et déposer devant lui, sur le bureau, un exemplaire du Code de justice militaire, du Code d’instruction criminelle et du Code pénal ordinaire, et ordonné à la garde d’amener l’accusé, qui a été introduit, libre et sans fers, devant le Conseil, accompagné d’un défenseur maréchal des logis Guillaume du 14ème Dragons à ce commis.

Interrogé de déclarer ses noms, prénoms, âge, lieu de naissance, état profession et domicile, l’accusé a répondu se nommer Grataloux Jean, 34 ans, né le 9 décembre 1880 à Saint-Just-sur-Loire (Loire), marié, un enfant, tourneur sur métaux, demeurant à Saint-Etienne (Loire) rue Tournefont et actuellement soldat de 2ème classe à la 20ème compagnie du 238ème régiment d’infanterie.

Ouï, M. le Commissaire du Gouvernement en ses réquisitions tendant à ce que (3) le susnommé soit déclaré coupable d’avoir le 25 septembre 1914, aux environs de Fontenoy, abandonné son poste en présence de l’ennemi et à ce qu’il lui soit fait application de l’article 213, paragraphe premier du code de justice militaire.

Et l’accusé dans ses moyens de défense, tant par lui que par son défenseur, lesquels ont déclaré n’avoir rien à ajouter à leurs moyens de défense, et ont eu la parole les derniers, le Président a déclaré les débats terminés, et il a ordonné à l’accusé de se retirer.

L’accusé a été reconduit par l’escorte à la prison ; le Commissaire du Gouvernement, le Greffier et les assistants dans l’auditoire se sont retirés sur l’invitation du Président (4) :

Le Conseil délibérant à huis clos, le Président a posé les questions, conformément à l’article 132 du Code de justice militaire ainsi qu’il suit :

Première question : le soldat Grataloux de la 20ème compagnie du 238ème Régiment d’Infanterie est-il coupable d’avoir le 25 septembre 1914 aux environs de Fontenoy, abandonné son poste ?

Deuxième question : Le dit abandon a-t-il eu lieu en présence de l’ennemi ?

Les voix recueillies séparément, en commençant par le grade inférieur, le Président ayant émis son opinion le dernier, le Conseil déclare :

Sur la première question, à la majorité de trois voix contre deux, que le soldat Grataloux est coupable d’avoir le 25 septembre 1914 aux environs de Fontenoy abandonné son poste.

Sur la deuxième question, à la majorité de trois voix contre deux, que cet abandon a eu lieu en présence de l’ennemi.

Sur quoi et attendu les conclusions prises par le Commissaire rapporteur en ses réquisitions, le Président a lu le texte de la loi et a recueilli de nouveaux les voix dans la forme indiquée ci-dessus pour l’application de la peine.

En conséquence, le Conseil condamne, à la majorité à trois voix contre deux,  le nommé Grataloux à la peine de mort, en vertu de l’article 213 du code de justice militaire, lequel est ainsi conçu : « Tout militaire qui abandonne son poste est puni

1° : de la peine de mort si l’abandon a eu lieu en présence de l’ennemi ou de rebelles armés.

2° : de deux ans à cinq ans d’emprisonnement, si, hors la loi prévue par le paragraphe précédent, l’abandon a eu lieu sur un territoire en état de guerre ou en état de siège.

Le condamne en outre aux frais envers l’État, conformément à l’article 139 du code de justice militaire ainsi conçu : « Le jugement qui prononce une peine contre l’accusé, le condamne aux frais envers l’État ».

Fixe au minimum la durée de la contrainte par corps, conformément à l’article 9 de la loi du 2 juillet 1867 ainsi conçu « la durée de la contrainte par corps est réglée ainsi qu’il suit : « de deux à vingt jours lorsque l’amende et les autres condamnations n’excèdent pas cinquante jours ».

Enjoint au Commissaire du Gouvernement de faire donner immédiatement en sa présence lecture du présent jugement au condamné devant la garde rassemblée sous les armes,

Le Conseil étant entré en séance publique, le Président a lu les motifs et le dispositif ci-dessus.

Fait, clos et jugé sans désemparer, en séance publique, à Saint Bandry, les jour, mois et an que dessus.

En conséquence, le PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE MANDE ET ORDONNE à tous huissiers sur ce requis de mettre ledit jugement à exécution ; aux Procureurs généraux et aux Procureurs de la République près les tribunaux de première instance d’y tenir la main ; à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis.

En foi de quoi le présent jugement a été signé par les membres du Conseil et par le Greffier.

 Andlauer, Ballay, Roux, Gignoux , Bouchary, Favier

L’an mil neuf cent quatorze et le douze décembre, le présent jugement a été lu par nous, Greffier soussigné, au condamné. Cette lecture faite en présence de la garde rassemblée sous les armes.

 Le Commissaire du Gouvernement                                                       Le Greffier

V. Acalme                                                                                                         Favier

EXECUTOIRE

Vu la procédure instruite contre le nommé Grataloux Jean

Et les frais d’icelle dont le détail suit :

1° Taxe des témoins, experts, interprètes ………………………………………………………………………..

2° Prime de capture d’un déserteur …………………………………………………………………………………

3° Amende ……………………………………………………………………………………………………………………….

4° Frais fixes de procédure devant le Conseil de guerre : douze francs or ……………………….. 12 F 00

5° Frais fixes de procédure devant le Conseil de révision …………………………………………………

6° Frais fixes de procédure devant le Conseil de guerre jugeant en 2° instance ……………….

7° Décimes additionnels ………………………………………………………………………………………………….. _______

                                                Total : douze francs or ……………………………………………………………  12 F 00

 

Vu le dispositif du jugement définitif, l’article 139 du Code de justice militaire, le Président du Conseil de guerre de la 63ème Division d’Infanterie liquide les frais dont l’état est ci-dessus à la somme de douze francs du montant de laquelle il délivre le présent exécutoire, pour le recouvrement de ladite somme être poursuivi sur les biens présents et à venir du condamné, par les préposés de l’administration de l’Enregistrement et des Domaines.

En conséquence, LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE MANDE ET ORDONNE à tous huissiers sur ce requis de mettre ledit jugement à exécution : aux Procureurs généraux et aux Procureurs de la République près les tribunaux de première instance d’y tenir la main ; à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront légalement requis.

Fait en la Chambre du Conseil de guerre susdit, à Saint Bandry, le douze décembre mil neuf cent quatorze.

                                                                                                                             Le Président,

                                                                                                                                                          Andlauer

7e Corps d’Armée                                                                                                                  Le 27 septembre 1914

         __________

63e Division d’Infanterie

         __________

        126e Brigade

         __________

238e Régiment d’Infanterie                                      R A P P O R T

 

tendant à traduire en Conseil de Guerre

le Soldat GRATALOUX Jean, Classe 1900, N° Mle 10.138

du 238e Régt d’Infie, inculpé de mutilation volontaire

 

++++++++++++++++++++++++++

 

 

                Le Lieutenant DUC, Commandant le 5e Bataillon du 238e Régiment d’Infanterie a l’honneur de porter à la connaissance du commandant les faits suivants :

                Le Soldat GRATALOUX Jean, Classe 1900, N° Me 010.318, faisant partie de la 1e Section de la 20e Cie du 238e d’Infanterie, avait un doigt abimé avant d’entrer en campagne (l’annulaire gauche, d’après mon enquête). Le 25 septembre, il s’est présenté à l’infirmerie du 238e avec une phalange en plus coupée à ce doigt. Le Médecin-Major NORDMANN du 238e, qui l’a examiné et pansé, conclut formellement à une amputation faite volontairement. Le pansement fait, il a enjoint à cet homme de rejoindre sa Compagnie dans les tranchées qu’elle occupe. Ce soldat n’a pas reparu au Régiment. On suppose qu’il a dû se présenter à une autre ambulance et réussir à se faire évacuer.

                Il y aurait lieu de faire rechercher ce militaire, et, après enquête, si les faits et suppositions précédents sont présumés exacts, de donner à l’évènement les suites et sanctions qu’il comporte, en traduisant cet homme en conseil de guerre.

 

                                                                                              Cote 140 – Nord Fontenoy

                                                                                              Le 27 Septembre 1914 – 16 h

                                                                                         Le Lieutenant Commandant le 5e

                                                                                                                                             Bataillon du  238e Régt

                                                                                                      Signé : DUC

 

          Le 1er Octobre 1914

              Avis conforme

Le Chef de Bataillon Chef de Corps

             Signé :  VAILLAND

 
« Transmission avec prière de vouloir bien faire rechercher le soldat Grataloux Jean Cl 1900, dans les ambulances du 7e Corps d’Armée et adresser les renseignements le concernant au Général Commandant la 63e Division ».

                                                                                                 Ambleny, le 2 octobre 1914

                                                                                         Le Général Commandant la 63e Division

                                                                                                                P.O. le Chef d’Etat-Major        

 
Dans ce dernier rapport du 27 septembre 1914 le médecin Nordman est cité:

on le retrouve sur les graffitis de la carrière de l'hôpital justement:

 

Lucien Bersot et le témoin G. Degoix

Lucien Bersot du 60e RI

fusillé le 13 février 1915 à Fontenoy

réhabilité le 13 juillet 1922
 

CONTEXTE

Depuis le passage de l'Aisne, le 13 septembre 1914, les régiments français ont du mal à se maintenir sur les plateaux au nord de la rivière continuellement balayés par les mitrailleuses allemandes. Pour conserver ses positions, le commandement français tente de compenser par la peur la faible valeur combative des unités qu’il met en ligne. Elles sont constituées d'unités mal encadrées et souvent constituées de réservistes. Ainsi, chaque mois est marqué par les condamnations à mort : 10 octobre, 238e RI deux condamnés ; 15 novembre, 42e RI un condamné ; 4 décembre, 298e RI six condamnés, 12 décembre, 305e RI Leymarie ; 28 janvier, 42e RI un condamné ; 12 février, 60e RI, Lucien Bersot.

À la décharge des chefs d’unités, le haut commandement leur intimait l’ordre ne pas reculer : tenir coûte que coûte, était la consigne. Que valait une vie humaine alors que chaque jour des dizaines de combattants tombaient sous les balles ennemies, si elle permettait de tenir ?
 

BERSOT

L’exécution de Lucien Bersot, le 12 février 1915, est aujourd’hui incompréhensible. Comment en est-on venu à fusiller un soldat qui avait refusé de porter un pantalon taché de sang ?

Ni le livre d’Alain Scoff, ni le film qui en a été tiré n’ont apporté de réponse à cette question.

Voyons comment le commandement militaire a pu en arriver à de telles extrémités.

Bersot fut ainsi mis en jugement pour avoir refusé de porter un pantalon taché de sang. Mais ce refus lui valut, dans un premier temps, une sanction d'une semaine de prison. Peine non effectuée mais inscrite sur son livret militaire. C’est en fait le mouvement de solidarité de ses camarades qui l’a perdu. Ils sont allés protester devant le bureau commandant de compagnie. Combien étaient-ils ? On ne la saura sans doute jamais. En tout cas, pour justifier son geste le colonel a dit plus tard qu’il ne tenait pas en main son régiment et qu'il avait été en présence d'une mutinerie. Mais sa démarche a été entachée d'illégalité. Il a déféré Bersot devant un conseil de guerre spécial dont il a pris lui-même la présidence. Le jugement fut cassé le 14 septembre 1916. L'arrêt de la cour de cassation du 13 juillet 1922 a réhabilité Bersot et condamné l'État à verser 5000 frs à sa veuve et 15000 frs à sa fille.

Située à proximité de l'église, une stèle a été érigée en l’honneur de deux soldats français fusillés pour l'exemple dont Lucien Bersot. On peut y lire : "A la mémoire de Léonard Leymarie du 305e R.I. fusillé le 13 décembre 1914 à Port-Fontenoy et Lucien Bersot du 60e R.I. fusillé le 13 février 1915 à Fontenoy. Reconnus innocents et réhabilités en 1922-1923".

ECOUTONS JEAN-LUC PAMART EVOQUER CES FUSILLES DE 1915:

 

nb: cet extrait sonore est issu d'un enregistrement lors de la visite des carrière de Confrécourt le 1er dimanche de juillet 2016: savourez à distance cette visite où Jean-Luc Pamart évoque les graffitis de la carrière du 1er Zouaves, les fusillés et ne vous laissez pas déconcentrer par le son des manivelles qui servent à recharger des lampes!

 

Un témoin, Gabriel Degoix,  adjudant à la compagnie hors rang du 60e RI  témoigne de l’exécution dans ses carnets (194 pages) transmis par son fils, André Degoix

- Vendredi 12 février 1915 -

La neige est tombée ; il ne fait pas bon travailler à notre abri, on a les pieds dans l’eau. Nouveau simulacre d’attaque et même duel d’artillerie : tout tremble.

 

Le soir, il y a conseil de guerre pour trois soldats de la 8ème, de Besançon : Bersot, Cotel et Molle, pour refus d’obéissance et mutinerie (au sujet d’un pantalon). L’un, Bersot, sera passé par les armes ; Cotel, 10 ans de travaux publics et Molle, acquitté ; à moins qu’un pourvoi en grâce soit envoyé.

 

- Samedi 13 février 1915 –

Pluie épouvantable dans la matinée.

 

À 6 h 30, exécution de Bersot, en dehors du village. Ce pauvre diable a dû passer une nuit atroce. Il est pris, comme une loque, et porté au lieu d’exécution par le lieutenant Billey et l’aumônier du 60ème. Le peloton d’exécution se compose de 4 sergents, 4 caporaux et 4 hommes. Ses deux camarades de la veille sont là, comme témoins. Derrière viennent quatre hommes avec une pioche, et quatre autres avec une pelle. Sous le commandement d’un adjudant, une rafale, et c’est tout. Le coup de grâce, deux fois. Avant de mourir, le condamné appelle sa femme et sa fille Camille : triste chose que les nécessités de la guerre.

Le soir, nous escortons le drapeau à la brigade, pour décorer un blessé du 47ème, simple soldat, déjà cité trois fois à l’ordre du jour. Il a été traversé, de part en part, par un éclat d’obus.

 

Ajout sur le carnet d'André Degoix, fils de Gabriel Degoix:

Mon père m’a dit qu’une distribution d’effets malpropres était à l’origine de l’affaire ; elle avait donné lieu à une vive altercation. Par la suite, Bersot a été réhabilité. Je pense qu’il faut se garder de juger, mais seulement considérer combien, après des mois d’une guerre atroce, la vie humaine avait pu perdre de sa valeur. D’ailleurs, mon père, d’ordinaire si sensible à la misère des gens, ne voit dans les faits que la conséquence des "nécessités de la guerre.

http://bms-du-chatillonnais.e-monsite.com/medias/files/carnets.de.guerre.de.gabriel.degoix.pdf
 

Bientôt ici les photographies des authentiques carnets,

grâce à l'aimable autorisation de la famille

et grâce à l'aide de M. Muckensturm.
 

Voici aussi le registre matricule de Gabriel Degoix:

DEGOIX   Gabriel   Camille   Auguste -

Recrutement  DIJON    Classe 1911   Matricule 1451

 

Né le 14 janvier 1891 à SAINT-BROING-LĖS-MOINES  canton de RECEY-SUR-OURCE  (Côte-d’Or)

Résidant à SAINT-BROING-LÈS-MOINES

Menuisier

Fils de Auguste DEGOIX et de Isabelle SENET

Domiciliés à SAINT-BROING-LĖS-MOINES (nés à SAINT-BROING-LĖS-MOINES)

 

Cheveux noirs   yeux marron foncé   1,69 m

 

Incorporé au 60ème RI  (de BESANÇON)  le 1er octobre 1912

Arrivé au Corps le 8 octobre 1912 (ou le 8 décembre 1912 ?)

1ère classe le 6 août 1913

Caporal le 8 novembre 1913

Sergent le 27 août 1915

 

Evacué blessé le 18 avril 1916 Ambulance 13/14  Secteur Postal 114 (Livre d’Or du 60ème RI page 79 : du 16 au 23 avril occupation du secteur d’EIX vers VERDUN )

Du 21 avril au 2 juillet 1916 Hôpital n° 24 de MELUN

Du 3 au 12 juillet 1916 Dépôt Convalescence d’AUXERRE

Rentré au Dépôt le 28 juillet 1916

 

Adjudant le 27 mai 1917

Adjudant-Chef  le 27 octobre 1918

 

Evacué malade le 24 janvier 1919

Au 16 avril 1919 Hôpital n° 64  de LA VEUVE (Marne)

Rejoint les Armées le 24 avril 1919

 

Envoyé en Congé illimité de démobilisation le 18 août 1919 par le Dépôt Démobilisateur du 60ème RI 8ème échelon n° 369.

 

Se retire à BESANÇON   83, rue Battant.

 

Passé au 27ème RI (de DIJON) Nouveau Corps Mobilisateur par suite changement de résidence 8ème échelon n° 927.

 

Maintenu Service Armé moins de 10 % Commission de Réforme de DIJON du 29 décembre 1931 : « Blessure de l’avant-bras gauche – Atrophie de 2,5 cm au bras ».

Convoqué suivant art. 40 de la Loi du 31 mars 1928 au 81ème Régiment Régional (de DIJON – siège à la caserne Vaillant )

Arrivé le 24 septembre 1938

Libéré le 2 octobre 1938

Rappelé à l’activité

Affecté au 81ème Régiment Régional

Arrivé au Corps le 23 août 1939

Renvoyé dans ses foyers le 28 octobre 1939

Classé dans la position Sans Affectation ledit jour.

 

 

Campagne contre l’Allemagne

 

Aux Armées Campagne Double  du 2 août 1914 au 20 avril 1916

Intérieur Blessure de Guerre Campagne Double du 21 avril au 19 décembre 1916

Aux Armées Campagne Double du 20 décembre 1916 au 11 novembre 1918

Aux Armées Campagne Simple du 12 novembre 1918 au 23 janvier 1919

Zone des Armées maladie Campagne Simple du 24 janvier au 23 avril 1919

Aux Armées Campagne Simple du 24 avril 17 août 1919

 

Zone des Armées Campagne Double du 2 septembre au 27 octobre 1939

 

Blessures, Actions d’éclat

 

Blessé le 18 avril 1916 à VAUX par éclat d’obus aux deux bras.

Cité à l’ordre du Régiment  n° 262 du 20 juin 1916 : « Sous-Officier consciencieux et dévoué, a été blessé grièvement le 18 avril 1916 alors qu’il dirigeait des travaux dans une zone très violemment battue par l’artillerie ennemie » (EIX près de VERDUN).

Cité à l’ordre de la Division n° 48 du 22 septembre 1917 : « Gradé consciencieux, intelligent et dévoué, s’était déjà fait remarqué au cours de l’offensive du 16 avril 1917 par son courage et son réel mépris du danger. Pendant l’attaque du 9 septembre 1917 (à la cote 344 – cote du Poivre à VERDUN), s’est dépensé sans compter, participant à l’installation d’une tranchée sous un bombardement intense et assurant ensuite d’une façon parfaite le ravitaillement en munitions des unités du Régiment ».

Médaille Militaire par Décret du 7 octobre 1933 (JO du 27/28/29 octobre 1933)
 
PS : menuisier-ébéniste à SAINT-BROING-LĖS-MOINES est  décédé en 1968, marié à Yvonne CHEVALLIER : deux enfants : André né en 1919 et Maurice né en 1923 à SANT-BROING-LÈS-MOINES. André DEGOIX a eu plusieurs enfants dont Michel DEGOIX  Les Cléments 04150 REVEST-DU-BION (04.92.73.25.58) et Yves DEGOIX 46, avenue des Marronniers 04300  FORCALQUIER  (04.92.75.11.38)

A Fontenoy le circuit des fusillés notifie par ce panneau les lieux des drames.

http://www.musee-territoire-1418.fr/Parcourir/En-voiture/Circuit-des-fusilles

 

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